Traictie de la forme et devis d'ung tournoy

A tres hault et puissant prince, mon tres chier, tres ame et seul frere germain Charles d'Anjou, Conte du Maine, de Mortaign et de Guyse: Je, Rene d'Anjou vostre frere, vous foiz savoir que pour le plaisir que je congnois depieca, que prenez a veoir hystoires nouvelles et dittiez nouveaulx, me suis advise de vous faire ung petit traictie le plus aulong estendu que j'ay sceu, de la forme et devis comme il me sembleroit que ung Tournoy seroit a entreprendre a la Court ou ailleurs en quelque marche de France, quant aucuns princes le vouldroient faire faire; laquelle forme j'ay prins au plus pres et jouxte de celle qu'on garde es Almaignes et sur le Rin quant on fait les Tournoys. Et aussi selon la maniere qu'ils tiennent en Flandres et en Brabant; et mesmement sur les anciennes facons qu'ils les souloient aussi faire en France, comme j'ay trouve par escriptures. Desquelles troys facons en ay prins ce qui m'a semble bon, et en ay fait et compile une quarte facon de faire, ainsi que pourrez veoir, s'il vous plaist, par ce que cy apres s'ensuit.
Icy apres s'ensuit la forme et maniere comment ung Tournoy doibt estre entrepris; et pour bien et honnorablement et a son droit doibt estre fait et acompli, y fault garder l'ordre cy apres declairee.
Et premierement.
Qui veult faire ung Tournoy, fault que ce soit quelque prince, ou du moins hault baron, ou banneret, lequel doibt faire ainsi que cy apres sera devise.
Cest assavoir:

Que ledit prince doibt premierement envoyer secretement devers le prince a qui il veult faire presenter l'espee, pour savoir se sest son entencion de la accepter, ou non, pour faire puis apres publiquement les serimonies qui y appartiennent, comme cy apres s'ensuit, ou cas qui la vouldra accepter. C'est assavoir, que ledit prince, voyant toute sa Baronnie, ou du moins grant quantite de chevaliers et escuiers, doibt appeller le Roy d'armes de la contree, car a lui appartient devant tous autres roys d'armes; et s'il n'y est, en son absence, quelque herault notable. Et en lui baillant une espee rabatue de quoy on tournoye, lui doibt dire les parolles qui s'ensuivent.

Mais pour mieulx en faire entendre la facon, sera ycy pris par similitude le Duc de Bretaigne pour appellant de l'ung des coustes, et le Duc de Bourbon pour deffendant de l'autre. Et pour tous blazons necessaires pour ce present Tournoy, ne me aideray que de blazons controuvez a plaisance. Ainsi doncques s'ensuivent les parolles que dira ledit seigneur Duc de Bretaigne appellant, audit Roy d'armes en lui baillant une espee de Tournoy, telle que cy dessoubs est figuree:

Roy d'armes, tenez ceste espee et alez devers mon cousin le Duc de Bourbon lui dire de par moy, que pour sa vaillance, prudommie, et grant chevallerie qui est en sa personne, je lui envoye ceste espee en signiffiance que je querelle de frapper ung Tournoy et Bouhordis d'armes contre lui, en la presence de dames et de damoiselles, et de tous autres, au jour nomme et temps deu, et en lieu ad ce faire ydoine et convenable. Duquel Tournoy lui offre pour juges diseurs, de huit chevaliers et escuiers les quatre: c'est assavoir tels et tels pour chevaliers, et tels et tels pour escuiers; lesquels juges diseurs assigneront le temps et le lieu et feront faire ordonner la place.


Icy apres est pourtraictie la facon et maniere comme le Duc de Bretaigne appellant baille l'espee au Roy d'armes pour l'envoyer presenter au Duc de Bourbon deffendant.

Et fault notter que ledit seigneur appellant doibt toujours eslire des juges la moittie: c'est assavoir, deux du pays du seigneur deffendant, et les autres deux de son pais ou d'ailleurs a son plaisir: et fait bien voulentiers les juges des plus notables, honnorables et anciens Barons, Chevaliers et Escuiers qu'on puisse trouver, qui ont plus veu et voiage, et qui sont repputez les plus saiges et mieulx se congnoissans en fait d'armes que d'autres.

Lors ledit Roy d'armes s'en yra devers ledit Duc de Bourbon deffendant, et en la plus grant compaignie et la plus honnorable place, hors lieu saint, ou il le pourra trouver, lui presentera l'espee, laquelle il tiendra par la poincte, lui disant ainsi:

Tres hault et tres puissant prince et tres redoubte seigneur, tres hault et tres puissant prince et mon tres redoubte seigneur le Duc dc Bretaigne, vostre cousin, m'envoye par devers vous pour la tres grant chevallerie et los de prouesse qu'il scet estre en vostre tres noble personne, lequel en toute amour et benevolence, et non pas par nul mal talent, vous requiert et querelle de frapper ung Tournoy et Bouhort d'armes devant dames et damoiselles; pour laquelle chose et en signiffiance de ce, vous envoye cette espee propre a ce faire.


lci apres est pourtraictie la facon et la maniere comment le Roy d'armes presente l'espee au Duc de Bourbon.

Et lors ledit Roy d'armes presentera audit Duc de Bourbon la dite espee; et se il lui estoit survenu tel affaire ou necessite qu'il ne peust acomplir ledit Tournoy, ne y entendre, pour lors il pourra respondre en s'excusant en la maniere qui s'ensuit:

Je remercie mon cousin de l'offre qu'il me fait: et quant aux grans biens qu'il cuide estre en moy, je vouldroye bien qu'il pleust a Dieu qu'ils fussent tels; mais moult il s'en fault, dont il me poise.

D'autre part il y a en ce royaume tant d'autres seigneurs qui ont mieulx merite cest honneur que moy, et bien le sauront faire; pourquoy je vous prie que m'en vueillez excuser envers mondit cousin. Car j'ay des affaires a mener a fin, qui touchent fort mon honneur, lesquelles necessairement davant toutes autres beisoingnes il me faut acomplir. Si, lui plaise en ce avoir mon excuse pour agreable, en lui offrant en autres choses tous les plaisirs que je lui pourroye faire.

Item s'il accepte le Tournoy, il prent l'espee de la main du Roy d'armes en disant:

Je ne l'accepte pas pour nul mal talent, mais pour cuider a mon dit cousin faire plaisir, et aux dames esbatement.

Et apres qu'il aura prins l'espee, le Roy d'armes lui dira cestes parolles:

Tres hault et tres puissant prince et tres redoubte seigneur, tres hault et tres puissant prince et mon tres redoubte seigneur le Duc de Bretaigne, vostre cousin, vous envoye ycy les blazons de huit chevaliers et escuiers en ung roolle de parchemin, a celle fin que des huit en eslisez quatre de ceulx qui mieulx vous seront agreables pour juges diseurs.

Cela dit au Duc par le Roy d'armes, il lui monstrera ledit roolle de parchemin, lequel il prandra, et regardera les blazons a son plaisir; puis respondra audit Roy d'armes:

Quant aux juges diseurs dont vous me monstrez ycy les blazons, les seigneurs de tel lieu et de tel, me plaisent tres bien pour chevalier, s'il leur plaist; et les seigneurs de tel lieu et de tel aussi pour escuiers. Et pour ce vous leur porterez lettres de creance de ma part; et aussi prierez a mon cousin le Duc de Bretaigne qu'il leur vueille escripre de la sienne qu'ils soient contens de ce accepter, et que le plus tost qu'il leur sera possible, me facent savoir le jour dudit Tournoy, et le lieu aussi.


Ycy apres est pourtraictie la facon et la maniere comment le Roy d'armes monstre audit duc de Bourbon les huit blazons des chevaliers et escuiers.

Nota que incontinent que ledit Duc de Bourbon aura esleu les quatre juges diseurs, que le Roy d'armes doibt envoyer en toute diligence deux poursuivans, l'ung devers le seigneur appellant pour avoir ses lettres aux juges diseurs, qu'il pense qu'ils doivent estre loing l'ung de l'autre, en leur suppliant par ses lettres qu'ils se vueillent tirer ensemble en aucune bonne ville telle qu'ils adviseront, ad ce que honnorablement il leur presente les lettres desdits seigneurs appellant et deffendant.

Cela dit, fera bailler le Duc de Bourbon au Roy d'armes, deux aulnes de drap d'or, ou de veloux velute, ou satin figure cramoisis du moins, sur lequel il fera mettre les deux seigneurs chiefs dudit Tournoy, faiz en painture sur une grant peau de parchemin, a cheval ainsi comme ils seront oudit Tournoy, armoyez et timbrez; et atachera ledit parchemin sur ladite piece de drap d'or, de veloux ou satin. Et en tel estat la prendra le Roy d'armes, la mettant en guise d'ung manteau noue sur la dextre espaule, et avec le bon congie du Duc s'en ira devers les juges diseurs pour savoir s'ils vouldront accepter l'office d'estre juges diseurs. Et quant il sera par devers ceulx, aiant lettres des deux Ducs appellant et deffendant, avecques ladite piece de drap sur les espaules, ainsi que dit est, et dessus icellui parchemin atachie ou seront paints lesdits seigneurs a cheval, armoyez et timbrez, ainsi que cy apres est pourtraict, leur presentera ses lettres; c'est assavoir une de par l'appellant et l'autre de par le deffendant, lesquelles seront narratives des choses dessusdites, et aussi contiendront creance, c'est assavoir, qu'ils veillent estre juges diseurs dudit Tournoy par eux empris.


Ycy apres est pourtraicte la facon et maniere commant le Roy d'armes monstre aux quatre juges diseurs les seigneurs appellant et deffendant, et leur presente les lettres desdits seigneurs, aiant le drap d'or sur l'espaule et le parchemin paint desdits deux chiefs.

Puis leur dira les parolles qui cy apres s'ensuivent:

Nobles et doubtez chevaliers, honnorez et gentils escuiers, tres haulx et puissans princes les Ducs de Bretaigne et de Bourbon, mes tres redoubtez seigneurs, vous saluent, et m'ont chargie vous bailler cestes lettres de par eulx qui en partie sont de creance, laquelle vous saurez puis apres que aurez leu lesdites lettres, et a tel heure qu'il vous plaira.

Apres qu'ils auront leu ou fait lire leurs lettres, et adoncq qu'ils demanderont et requerront d'oir la creance, ledit Roy d'armes la leur dira telle que s'ensuit:

Nobles et doubtez chevaliers, honnorez et gentils escuiers, je viens vers vous pour vous adviser, requerir et nottiffier de par tres haulx et tres puissans princes et mes tres redoubtez seigneurs les Ducs de Bretaigne et de Bourbon, que sur le plaisir que leur desirez faire, vous vueillez prandre la charge de ordonner et estre juges diseurs d'ung tres noble Tournoy et Bouhourdis d'armes qui nouvellement en ce royaume par eulx a este empris. Lesquelz seigneurs, d'ung commun assentement, sur tous autres vous ont sur ce choisis et esleus pour la grant fame de prudommie, renommee de sens et los de vertus qui de long temps continuent en vos nobles personnes. Si, ne vueillez de ce estre reffusans, car moult de bien s'en pourra ensuir.

Et tout premierement, en pourra-on mieulx congnoistre lesquels sont d'ancienne noblesse venus et extraits, par le port de leurs armes et levement de timbres.

Secondement, ceulx qui auront contre honneur failly, seront la chastiez tellement que une autreffois se garderont de faire chose qu'il soit mal seant a honneur.

Tiercement, chacun y aprendra de l'espee a frapper en soy habilitant a l'exercice d'armes.

Et quartement, par aventure pourra-il advenir que tel jeune chevalier ou escuier, par bien y faire, y acquerra mercy, grace ou augmentation d'amour de sa tres gente dame et cellee maistresse. Si, vous requiers encor de rechief de par mes dits tres redoubtez seigneurs, mes nobles et doubtez chevaliers, honnorez et gentils escuiers, que de tant, de tels et si hauls biens vous vueillez estre principale occasion en telle maniere que, par votre sens; ordre et conduicte, la chose sorte a effet, et par facon que renommee et bruit par tout puisse aler de maintenir noblesse, et d'acroistre honneur, ad ce que, au plaisir Dieu, chacun gentilhome doresenavant puisse estre desireux de continuer plus souvant l'exercice d'armes.

Lors lesdits juges diseurs s'ils veullent acepter l'offre, pourront respondre en la forme et maniere qui s'ensuit:

Nous remercions tres humblement nos tres redoubtez seigneurs, de l'honneur qu'ils nous font, de l'amour qu'ils nous portent, et de la fiance qu'ils ont en nous: et combien qu'il ait en ce royaulme assez d'autres chevaliers et escuiers qui, de trop mieulx que nous, sauroient deviser et mettre en ordre ung si noble fait comme est cellui du Tournoy neantmoins pour obeir a nosdits tres redoubtez seigneurs, nous offrons de bon cueur a les obeir et servir, en acceptant la charge que cy devant nous avez declairee, pour y faire a nos loyaulx pouvoirs tout le bien que possible nous sera d'y faire en ce monde, en emploiant tout nostre entendement et la peine de nos corps si loyaulment, que si par cas d'aventure de nostre couste y avoit erreur, dont Dieu nous gart, ce sera plus par simplesse que par vice, nous soubsmettant tousjours a la correction, bon plaisir et voulente de nosdits tres redoubtez seigneurs.

Lors le dit Roy d'armes doibt remercier lesdits juges diseurs, et en apres leur requerir que comme juges, il leur plaise lui ordonner le jour dudit Tournoy, et le lieu aussi, ad ce qu'il le puisse faire crier ainsi qu'il appartient. Et tous les juges diseurs doivent aler ensemble en conseil, pour adviser le jour et le lieu affin que ledit Roy d'armes aille commancer a crier ledit Tournoy es lieux ou il appartient; c'est assavoir:

Premierement, a la court du seigneur appellant; secondement, a la court du seigneur deffendant; et tiercement, a la court du Roy et ailleurs ou il sera advise par lesdits juges diseurs. Et se ledit Roy d'armes ne pouvoit ou vouloit aler en personne a la court des autres seigneurs, pour crier ledit Tournoy, il pourra envoyer a chascune court ung poursuivant pour le faire. Mais a la court desdit deux seigneurs chiefs du Tournoy, et aussi du Roy, fault que ledit Roy d'armes aille personnellement.


Ainsi cy apres s'ensuit la forme et maniere commant on doibt crier ledit Tournoy.

Et tout premierement, ledit Roy d'armes doibt estre acompaigne de troys ou quatre heraulx et poursuivans, quant il criera ladite feste du Tournoy en la forme et maniere que cy apres est hystorie.


Icy apres est pourtraicte la facon et maniere comment le Roy d'armes aiant le drap d'or sur l'espaule et les deux chiefs pains sur le parchemin, et aux quatre coings les quatre escussons desdits juges pains, crie le Tournoy, et comment les poursuivans baillent les escussons des armes desdits juges a touts ceulx qui en veullent prandre.

C'est assavoir que incontinent que les juges diseurs ont accepte la charge, que le Roy d'armes fera paindre les quatre escus d'iceulx juges diseurs aux quatre cornieres dudit parchemin; c'est assavoir ceulx des deux chevaliers en hault, et ceux des deux escuiers en pie.

Et premierement, l'ung des poursuivans de la compagnie du Roy d'armes, qui plus haulte voix aura, doibt crier par troys haultes allenees et troys grandes reposees:

OR OUEZ, OR OUEZ, OR OUEZ,

On fait assavoir a tous princes, seigneurs, barons, chevaliers et escuiers de la marche de l'isle de France, de la marche de Champaigne, de la marche de Flandres, et de la marche de Ponthieu chief des poyers, de la marche de Vermandois et d'Artoys, de la marche de Normandie, de la marche d'Acquitaine et d'Anjou, de la marche de Bretaigne et Berry, et aussi de Corbye, et a tous autres de quelsconques marches qui soient de ce royaume et de tous autres royaumes chrestiens, s'ils ne sont bannis ou ennemys du Roy nostre sire a qui Dieu donne bonne vie, que tel jour de tel moys, en tel lieu de telle place, sera ung grantdesime pardon d'armes, et tres noble Tournoy frappe de masses de mesure, et espees rabatues, en harnoys propres pour ce faire, en timbres, cotes d'armes et housseures de chevaulx armoyees des armes des nobles tournoyeurs, ainsi que de toute anciennete est de coustume;

Duquel Tournoy sont chiefs tres haulx et tres puissans princes et mes tres redoubtez seigneurs le duc de Bretaigne pour appellant et le duc de Bourbon pour deffendant;

Et pour ce fait-on de rechief assavoir a tous princes, seigneurs, barons, chevaliers et escuiers des marches dessus-dites, et autres de quelsconques nations qu'ils soient, non bannis ou ennemys du Roy, nostre dit seigneur, qui auront vouloir et desir de tournoyer pour acquerir honneur, qu'ils portent des petis escussons que cy presentement donneray, ad ce qu'on congnoisse qu'ils sont des tournoyeurs. Et pour ce en demande qui en vouldra avoir; lesquels escussons sont escartelez des armes desdits quatre chevaliers et escuiers juges diseurs dudit Tournoy.

Et audit Tournoy y aura de nobles et riches prix par les dames et damoiselles donnez.

Oultre plus, je anonce a entre vous tous princes, seigneurs, barons, chevaliers et escuiers qui avez entencion de tournoyer, que vous estes tenus vous rendre es haberges le iiije jour davant le jour dudit Tournoy, pour faire de vos blazons fenestres, sur peine de non estre receus audit Tournoy; et cecy vous fois-je assavoir de par messeigneurs les juges diseurs, et me pardonnez s'il vous plaist.


Icy apres s'ensuit la facon et maniere dont doivent estre les harnoys de teste, de corps et de bras, timbres et lambequins que on appelle, en Flandres et en Brabant et en ses haulx pays ou les tournoys se usent communement, hacheures ou hachemens, cottes d'armes, selles, houes et housseures de chevaulx, masses et espees pour tournoyer.

Et pour mieulx le vous declarer, icy dessoubs sera figure l'une piece apres l'autre ainsi qu'elles doyvent estre.

C'est assavoir, tout premierement le timbre doibt estre sur une piece de cuir boully, laquelle doibt estre bien faultree d'ung doy d'espez, ou plus par le dedens; et doibt contenir ladite piece de cuir tout le sommet du heaulme, et sera couverte ladite piece du lambequin, armoye des armes de cellui qui le portera. Et sur ledit lambequin au plus hault du sommet sera assis ledit timbre, et autour d'icellui aura ung tortis des couleurs que vouldra ledit tournoyeur du gros du bras ou plus ou moins a son plaisir.

Item, le heaulme est en facon d'ung bacinet ou d'une cappeline, reserve que la visiere est autrement, ainsi que cy dessoubs est paint. Et pour mieulx faire entendre la maniere du timbre, du cuir bouilly et du heaulme, ils seront cy dessoubs pourtrais en troys facons.


Icy apres s'ensuit la facon et maniere du bacinet du cuir boully et du timbre.

Item, le harnoys de corps est come une cuirasse ou comme ung harnoys a pie qu'on appelle tonnellet. Et aussi peult-on bien tournoyer en brigantines qui vueult; mais en quelque facon de harnoys de corps que on vueille tournoyer, est de necessite sur toute rieus, que ledit harnoys soit si large et si ample que on puisse vestir et mettre dessoubz ung porpoint ou courset; et fault que le porpoint soit faultre de troys dois d'espez sur les espaules, et au long des bras jusques au col, et sur le dos aussi, pourceque les coups des masses et des espees descendent plus voulentiers es endrois dessus dis que en autres lieux. Et pour veoir la principalle et meilleure facon pour tournoyer, sera figure cy dessoubs une cuirasse pertuisee en la meilleure et plus propre facon et maniere quelle peut estre pour ledit Tournoy.


Icy apres est pourtraicte la maniere et la facon de la cuirasse et la forme des armeures de bras propres pour tournoyer.

C'est assavoir, gardebras, avantbras et gantelez; lesquels avantbras et gardebras fait en voulentes tenans ensemble, et y en a de deux facons: dont les ungs sont de harnoys blanc et les autres de cuir boully, lesquelles deux facons tant de harnoys blanc que aussi de cuir boully sont paintes cy dessoubs.


Icy apres s'ensuit la forme et maniere des gardebras et avantbras tant de harnoys blanc que de cuir boully.

La forme et facon des gantelez est telle que on peult veoir cy dessoubs en figure.


Icy apres est pourtraicte la facon et la maniere des gantelez.

Item, l'espee rabatue doibt estre en la forme et maniere cy apres painte, et semblablement la masse.


Icy apres est pourtraicte la facon et la maniere de l'espee et de la masse.

De la mesure et facon des espees et des masses, n'y a pas trop a dire, fors que de la largeur et longueur de la lumelle; car elle doibt estre large de quatre dois, a ce qu'elle ne puisse passer par la veue du heaulme, et doibt avoir les deux tranchans larges d'un doy d'espez. Et affin qu'elle ne soit pas trop pesante, elle doibt estre fort voidee par le meilleu et mosse devant et toute d'une venue se bien pou non depuis la croisee jusques au bout, et doibt estre la croisee si courte qu'elle puisse seulement garentir ung coup qui, par cas d'aventure descendroit ou viendroit glissant le long de l'espee jusques sur les doiz, et toute doibt estre aussi longue que le bras avec la main de celluy qui la porte, et la masse par semblable. Et doibt avoir ladite masse une petite rondelle bien clouee devant la main pour icelle garentir. Et peult-on, qui veult, atacher son espee ou sa masse a une deliee chaesne, tresse ou cordon autour du bras, ou a sa sainture, a ce que se elles eschappoient de la main on les peust recouvrer sans cheoir a terre.

Au regard de la facon des pommeaulx des espees, cela est a plaisir; et la grosseur des masses, et la pesanteur des espees doyvent estre revisitees par les juges la vigille du jour du Tournoy, lesquelles masses doivent estre signees d'ung fer chault par lesdicts juges, a ce qu'elles ne soient point d'oultrageuse pesanteur ne longueur aussi.

Le harnoys de jambes est ainsi et de semblable facon comme on le porte en la guerre, sans autre differance, fors que les plus petites gardes sont les meilleures, et les sollerez y sont tres bons contre la poincte des esperons.

Les plus cours esperons sont plus convenables que les longs, a ce que on ne les puisse arracher ou destordre hors les pieds en la presse.

La cotte d'armes doibt estre faicte ne plus ne moins comme celle d'ung herault, reserve qu'elle doibt estre sans ploicts par le corps, affin que on congnoisse mieulx de quoy sont les armes.

En Brabant, Flandres et Haynault, et en ces pays-la vers les Almaignes, ont acoustume d'eulx armer de la personne autrement au Tournoy; car ils prennent ung demy pourpoint de deux toilles, sans plus, du faulx du corps en bas, et l'autre sur le ventre; et puis sur cela mettent unes bracieres, grosses de quatre dois d'espez et remplies de couton; sur quoy ils arment les avantbras et les gardebras de cuir boully, sur lequel cuir boully y a de menuz bastons cinq ou six, de la grosseur d'ung doy, et collez dessus, qui vont tout au long du bras jusques aux jointes. Et quant pour l'espaule et pour le coulde, sont fais les gardebras et avantbras de cuir boully comme ey devant est devise, fors qu'ils sont de plus lorde et grosse facon; et sont dedans bien faultrez, et de l'un en l'autre est une toille double cousue qui les tient ensemble comme une manche de mailles: Puis ont une bien legiere brigantine dont la poitrine est pertuisee comme cy dessus est devise. Et quant a leurs armeures de teste, ont ung grant bacinet a camail sans visiere, lequel ils atachent par le camail dessus la brigandine tout autour, a la poictrine, et sur les espaules a fortes agueilletes; et pardessus tout cela mettent ung grant heaulme fait d'une venue, lequel heaulme est voulentiers de cuir boully et pertuise dessus, a la largeur d'ung tranchoires de bois, et la veue en est barree de fer de trois dois en troys dois, lequel est seulement atachie devant a une chaesne qui tient a la poictrine de la brigandine, en facon que on le peult gester sur l'arczon de la selle pour soy refrechir, et le reprandre quant on veult. Et pendant que on a ledit heaulme hors de la teste, nul ne ose frapper jusques ad ce que on l'ait remis en la teste; sur lequel heaulme on mett le lambequin des armes, la rorte ou torteis de la devise, et le timbre des armes du tournoyeur, atachie a agueilletes comme d'avant est devise. Et sur la brigandine mettent la cotte d'armes. Et quant tout cela est sur l'ome, il semble estre plus gros que long, pourquoy me passe de plus avant en parler. Et au regard de leurs selles, elles sont de la haulteur dont on les souloit porter a la jouxte en France anciennement, et les pissieres et le chanfrain de cuir aussi; et meme d'eulx a len veu en cest habillement, lesquels quant ilz estoient a cheval, ne se pouvoient aider ne tourner leurs chevaulx, tellement estoient goins. Et pour revenir a la vraye et plus gente facon, la maniere d'armer les personnes, ainsi que dessus est touchie, est d'assez plus belle et plus seure; et les selles de guerre aussi sont bonnes pour tournoyer, quant elles sont bien fort closes derriere, et veullent pas estre trop haultes d'arczon davant.

Et au regard de leurs masses, espees et harnoys de jambes, elles sont semblables de celles dont devant est divise.

Oultre plus, y est tres necessaire une facon de hourt que on atache davant a l'arczon de la selle, tant hault que bas, en plusieurs lieux le mieulx que on peult et le plus seurement; et descend le long des aulnes de la selle davant, en embrassant la poictrine du cheval, lequel hourt est bon pour garentir le cheval ou destrier d'espauler contre le hurt quant on vient du choc, et preserve aussi la jambe du tournoyeur de toutes estorses.

Ce hourt est fait de paille longue entre toilles fort porpoinctees de cordes de fouet, et dedans ledit hort y a ung sac plain de paille, en facon d'ung croissant, atachie au dit hourt, qui reppose sur la poictrine du cheval, et relieve ledit hourt, ad ce qu'il ne hurte contre les jambes du cheval. Et en oultre ledit pourpoinctement, y a, qui vieult, bastons cousus dedens qui le tiennent roide sans gainchir. Et est la facon dudit hourt cy dessoubs pourtraicte tant a lenvers que a lendroit, affin que on voye l'une et l'autre, et comme on mett ledit sac dedens ledit hourt. La facon duquel sac est ainsi:


Icy apres est pourtraicte la facon et la maniere du sac pour mettre dedans le hourt.


Icy est pourtraicte l'istoire du hort a l'envers.

Le hourt a lenvers est tel que cy davant est semblablement pourtrait.


Icy est pourtraicte l'istoire du hourt a l'endroit.

Item, on couvre le dit hort d'une couverture armoyee des armes du Seigneur qui le porte et faictes de baterie comme cy apres est hystorie.


lcy apres est pourtraicte l'istoire de la couverture du hourt.


Icy apres s'ensuit comant les deux ductz de Bretaigne et de Bourbon sont a cheval armoyez et timbrez ainsi qui seront au Tournoy.

Les lices doyvent estre ung quart plus longues que larges, et de la haulteur d'ung homme, ou d'une brace et demye, de fort merrain et pou carre a deux travers, l'ung hault et l'autre bas jusques au genoil; et doyvent estre doublez: c'est assavoir unes autres lices par dehors a quatre pas pres des autres premieres lices, pour refrechir les serviteurs a pie, et eulx salver hors de la presse; et la dedans se. doyvent tenir gens armez et non armez commis de par les juges pour garder les tournoyans de la foule du peuple. Et quant a la grandeur de la place des lices, il les fault faire grandes ou petites selon la quantite des tournoyeurs, et par l'advis des juges.


Icy apres est pourtraicte l'istoire de la facon des lices et des chaufaux.

Etpource qu'il me semble que desormais les harnoys et les habillemens pour tournoyer sont assez souffisamment declairez, par raison je retourne a diviser et declairer les facons, statuz et serimonies qu'il appartient a garder pour bien et honnorablement faire et acomplir ledit Tournoy.

Et pour commancer, vous avez oy cy devant par le cry du Roy d'armes commant il fait assavoir a tous ceulx qui doyevent estre dudit Tournoy, qu'il n'y ait faulte, commant que ce soit, qu'ils ne soient, le jeudy iiije jour davant le jour du Tournoy, davant l'eure de tierce, rendus a leurs haberges sur peine de non estre receuz audit Tournoy, pour faire de leurs blazons fenestres. Et est doncques necessaire de savoir l'ordonnance et maniere commant les tournoyeurs doyevent entrer en la ville ou se doibt faire ledit Tournoy.

Et premierement, les princes, seigneurs, ou barons qui vouldront desploier leur banniere au Tournoy, doyvent mettre peine d'estre acompaignez, principalement a l'entree qu'ils feront en la ville, de la plus grant quantite de chevaliers et escuiers tournoyans qu'ils pourront finer; et en telle facon doivent faire; leur entree comme cy apres s'ensuit.

C'est assavoir que le destrier du prince, seigneur ou baron chief des autres chevaliers et escuiers qui l'acompaignent, doibt estre le premier entrant dedans la ville en couverte de la devise du Seigneur, et quatre escussons de ses armes aux quatre membres dudit cheval, et la teste enplumee de plumes d'autruce, et au col le colier de clochetes, ung bien petit page tout adoz ou selle, comme mieulx luy plaira. Et apres ledit destrier, doivent pareillement entrer les destriers des autres chevaliers et escuiers tournoyans de sa compaignie, deux a deux, ou chascun par soy a leur plaisir, aians toutefois leurs armes es quatre membres, ainsi que dit est davant. Et apres lesdits destriers doivent aler les trompettes et menestrels, cournans et sonnans, ou autres instrumens tels qu'il leur plaira; et puis apres, leurs heraulx ou poursuivans aians leurs cottes d'armes vestues; et apres eulx, lesdits chevaliers et escuiers tournoyans avec leur suite de tous autres gens.


Icy commance l'istoire de l'antree d'ung des seigneurs chiefs au lieu du Tournoy, pour ce qu'il souffira pour tous deux.

Item, incontinent que ung seigneur ou baron est arrive ou habergement, il doibt faire de son blazon fenestre en la maniere qui sensuit: c'est assavoir, faire mettre par les heraulx et poursuyvans davant son logeis, une longue planche atachee contre le mur, sur quoy sont pains les blazons de lui; c'est assavoir, timbre et escu, et de trestous ceulx de sa compaignie qui veullent tournoyer, tant chevaliers que escuiers. Et a la fenestre haute de sondit logeis, fera mettre sa banniere desploiee, pendant sur la rue; et pour ce faire lesdits heraulx et poursuyvans doyevent avoir quatre sols parisis pour atachier chacun blazon, et chascune baniere, et y sont tenus de fournir de clouz et de cordes pour clouer et desclouer et relever bannieres, pannons et blazons touteffois qu'il en est beisoing. Et est a notter que les chiefs dudit Tournoy font pareillement devant leurs hostels comme les autres seigneurs et barons: et n'y a differance nulle, fors que aux fenestres de leursdits hostels mettent leurs pannons desployez avecques lesdites bannieres: et lesdits barons qui feront de leurs bannieres fenestres, sont tenus pour leur honneur de faire clouer cinq blazons du moins avec leur banniere pour la compaigner.


Icy apres s'ensuit l'istoire commant les seigneurs chiefs font de leurs blazons fenestres.


Icy apres s'ensuit la forme et maniere commant les juges diseurs doivent faire leur entree en la ville, au jour que les seigneurs et autres tournoyans la font; neantmoins que les juges diseurs doivent mettre peine d'entrer les premiers, s'il se peult faire.

Et premierement,

Lesdits juges diseurs doivent avoir davant eulx quatre trompettes sonnans, portant chacun d'eulx la banniere de l'un desdits juges diseurs: et apres lesdites quatre trompettes, quatre poursuivans portant chacun une cotte d'armes de l'un desdits juges, armoyez semblablement comme les trompettes. Et apres lesdits quatre poursuivans, doit aler seul le Roy d'armes qui aura crie ledit Tournoy, aiant sur sa cotte d'armes la piece de drap d'or, veloux, ou satin figure cramoisy, et dessus icelle, le parchemin des blazons comme davant est devise.

Et apres ledit Roy d'armes doivent aler per a per les deux chevaliers juges diseurs, sur beaulx palefrois, couvers chacun de ses armes jusques en terre; et doivent estre vestus de longues robbes, les plus riches qu'ils pourront finer; et les deux escuiers apres eulx pareillement. Et doibt avoir chacun des juges ung homme a pie, aiant la main a la bride du destrier; aussi doivent avoir lesdits juges, chacun une verge blanche en la main, de la longueur d'eulx, qu'ils porteront droite amont, laquelle verge ils doivent porter a pied et a cheval, par tout ou ils seront, durant la feste, affin que mieulx on les congnoisse estre juges diseurs. Et apres eulx le plus de gens d'estat qu'ils pourront.


Cy apres s'ensuit l'istoire de l'entree des juges.

Et est a notter que le seigneur appellant et le seigneur deffendant sont tenus d'envoyer devers les juges diseurs, incontinent que iceulx juges seront arrivez, chacun l'ung, de ses maistres d'ostel avec ung de leurs gens de finances, lesquels auront les diligences de faire faire et paier ce que sera advise estre necessaire par lesdits juges, ainsi que plus a plain sera apres divise.

Lesdits juges diseurs doyevent tenir leur estat ensemble pendant ladite feste et se nullement leur est possible eulx loger en lieu de religion ou il y ait cloistre, pour ce qu'il n'y a lieu si convenable pour asseoir de rang les timbres des tournoyans, comme en cloistre, affin que au lendemain du jour que les tournoyans et eulx seront arrivez aux haberges, chacun desdits tournoyeurs y face apporter son timbre et les bannieres aussi, pour illec estre revisitees et monstrees aux dames, et depparties par lesdits juges, tant d'ung couste que d'autre. Et doivent lesdits juges diseurs davant leur haberge faire mettre une toille a la haulteur de troys brasses, et de deux de large, ou soient pourtraictes les bannieres desdits quatre juges diseurs, que le Roy d'armes qui aura crie la feste embrasse, et dessus au chief de ladite toille seront mis en escript les deux noms des deux chiefs du Tournoy, c'est assavoir, cellui qui est appellant, et celluy qui est deffendant: et en pied, plus bas desdites quatre bannieres, seront mis par escript les noms, surnoms, seigneuries, tiltres et offices desdits quatre juges diseurs.


Icy est pourtraicte l'istoire d'ung herault qui embrace les quatre bannieres des quatre juges diseurs.

Au soir du jour de la venue des seigneurs, chevaliers et escuiers tournoyans, et des juges diseurs aussi, toutes les dames et damoiselles qui seront venues pour veoir la feste, se assembleront en une grant salle apres le soupper, et illec viendront lesdits juges diseurs aiant leurs verges blanches avecques leurs trompettes sonnans, et les poursuyvans davant eulx, et le Roy d'armes aussi en tel ordre et triumphe comme ils seront entrez dedans la ville, fors qu'ils seront a pied. En laquelle sale ils trouveront leur lieu pare, et la se mettront. Tous autres chevaliers et escuiers semblablement se rendront a celle heure en ladite salle. Et lors, par l'ordonnance des juges diseurs, se commanceront les dances; et apres ce que on aura dance quelque demye heure, les juges diseurs feront monter leurs poursuyvans et le Roy d'armes sur le chauffault ou les menestrels cornent, pour faire ung cry en la forme et maniere que cy apres s'ensuit.

C'est assavoir, que l'ung des poursuivans qui plus haulte voix aura, criera par troys grandes allenees, et trois longues repposees:

OR OUEZ, OR OUEZ, OR OUEZ.

Et puis apres ledit Roy d'armes dira en ceste maniere:

Tres haulx et puissans princes, ducs, comtes, barons, seigneurs, chevaliers et escuiers aux armes appartenans: je vous nottiffie de par messeigneurs les juges diseurs, que chacun de vous doyve demain a heure de medy, faire aporter son heaulme timbre, ou quel il doibt tourneyer, et ses bannieres aussi, en l'ostel de messeigneurs les juges, ad ce que mesdits seigneurs les juges, a une heure apres medy, puissent commancer a en faire le despartement: et apres ce qu'ils seront despartiz, les dames les viendront veoir et visiter pour en dire puis leurs bons plaisirs aux juges.

Et pour le jour de demain, autre chose ne se fera se non les dances apres le soupper ainsi comme aujourd'hui.

Lequel cry ainsi fait et acomply, se recommanceront les dances, tant et si longuement que sera le plaisir des juges; puis feront apporter vin et espices, et ainsi se despartira la feste pour ce premier jour.

Au lendemain, a l'heure davant dicte, se porteront les bannieres, pannons et timbres desditz chiefz, ou cloistre dessusdit, pour les presenter aux juges: et consequemment toutes autres bannieres, et heaulmes tymbrez, comme davant est dit, en l'ordonnance et maniere qui s'ensuit.

Et premierement, les bannieres de tous princes se doivent apporter par ung de leurs chambellans chevaliers, et les pannons desdits chiefz se doyevent apporter par leurs premiers valez ou escuiers trenchans.

Et les bannieres des autres bannerez, par leurs gentils hommes, ainsi qu'il leur plaira.

Les heaulmes des princes se doyevent aporter par leurs escuiers de escuierie.

Et les heaulmes des autres bannerez, chevaliers et escuiers, par aucuns gentils hommes ou honnestes valez.


Icy dessous est pourtraicte l'istoire commant ils portent bannieres et timbres de l'appellant ou cloistre, pour les arrenger et faire le despartement.

Item, et quant tous les heaulmes seront ainsi mis et ordonnez pour les despartir, viendront toutes dames et damoiselles, et tous seigneurs, chevaliers et escuiers, en les visitant d'ung bout a autre, la presens les juges qui maineront troys ou quatre tours les dames, pour bien veoir et visiter les timbres: et y aura ung herault ou poursuivant, qui dira aux dames, selon l'endroit ou elles seront, le nom de ceulx a qui sont les timbres, ad ce que s'il y en a nul qui ait des dames mesdit, et elles touchent son timbre, qu'il soit le lendemain pour recommande. Toutefoiz nul ne doibt estre batu oudit Tournoy se non par l'advis et ordonnance des juges, et le cas bien desbatu et attaint au vray, estre trouve tel qu'il merite pugnicion: et lors en ce cas doibt estre si bien batu le mesdisant, que ses espaules s'en sentent tres bien, et par maniere que une autreffois ne parle ou mesdie ainsi deshonnestement des dames, comme il a acoustume.

En oultre la recommandacion des dames, y a autres certains cas plus griefs et plus deshonnestes que de mesdire d'elles, pour lesquels cas la pugnicion qui cy apres s'ensuit, est deue a ceulx qui les ont commis.

Le premier cas et le plus pesant si est quant ung gentil homme est trouve vrayement evidamment faulx et mauvais menteur de promesse, especialement faicte en cas d'onneur.

Le second autre cas est d'ung gentil home qui est usurier publique, et preste a interestz magnifestement.

Le iije cas est d'ung gentil home qui se rabaisse par mariage, et se marie a femme roturiere et non noble.

Desquels troys cas, les deux premiers et principaulx ne sont point remissibles, aincoys leur doit-on garder au Tournoy toute rigueur de justice, se ils sont si foulx et si outrecuidez d'eulx y trouver, apres ce que on le leur aura notiffie, et boute leur heaulme a terre.

NOTA. Que s'il vient aucun au Tournoy, qui ne soit point gentil homme de toutes ses lignes, et que de sa personne il soit vertueux, il ne sera point batu de nul pour la premiere fois, fors seullement des princes et grans seigneurs, lesquels sans mal lui faire, se joueront a lui de leurs espees et masses, comme s'ils le voulsissent batre, et ce lui sera a tousioursmais atribue a ung grant honneur a luy fait par lesdits princes et grans seigneurs. Et sera signe que par sa grant bonte et vertu, il merite doresenavant estre du Tournoy, sans ce que on lui puisse jamais en riens reprouver son lignaige en lieu d'onneur ou il se trouve, tant oudit Tournoy que ailleurs; et la aussi pourra porter timbre nouvel, ou adjouster a ses armes comme il vouldra, pour le maintenir ou temps advenir pour lui et ses hoirs.

Laquelle pugnicion pour les deux cas plus griefs et principaulx dessus ditz, est telle que cy apres s'ensuit.

C'est assavoir, que tous autres seigneurs, chevaliers et escuiers du Tournoy qui le tiennent, en tournoyant se doivent arrester sur lui, et tant le battre qu'ils lui facent dire qu'il donne son cheval qui vault autant a dire en subtance comme: je me rens. Et lorsqu'il aura donne son cheval, les autres tournoyeurs doivent faire coupper les sangles de la selle par leurs gens tant a pied que a cheval, et faire porter le mal-faiteur a tout sa selle, et le mettre a cheval sur les barres des lices, et la le faire garder en cest estat, tellement qu'il ne se puisse descendre, ne couler a bas jusques a la fin du Tournoy; et doibt estre donne son cheval aux trompettes et menestrels.

La pugnicion de l'autre troisiesme cas, est que ceulx qui en sont convaincus doyevent estre bien batus, et tellement qu'ilz doyvent donner leurs chevaulx comme l'autre dessus-dit. Mais on ne leur doibt point coupper les sangles, ne les mettre a cheval sur les barres des lices, comme pour les autres deux premiers cas; aincois leur doibt-on oster les resnes de la bride de leurs chevaulx hors des mains et hors du col du cheval, et gecter leurs masses et espees a terre; puis doivent estre baillez par la bride a ung herault ou poursuivant, pour les mener a ung des corniers des lices, et illec les garder jusques a la fin du Tournoy comme prisonniers. Et s'ils s'en vouloient fouir ou eschapper hors des mains des heraulx ou poursuivans, apres ce qu'ils y ont ainsi este donnez, on les doibt batre de rechief et leur coupper les sangles, les mettant a cheval sur la lice, come davant est dit des premiers pour rengrege de pugnicion.

Le iiije cas est d'ung gentil home qui dit parolles de dames ou de damoiselles en chargeant leur honneur, sans cause ou raison a part. Et pour pugnicion d'icellui, il doibt estre batu des autres chevaliers et escuiers tournoyans, tant et si longuement qu'il crie mercy aux dames a haulte voix, tellement que chascun l'oye, en promettant que jamais ne lui advindra d'en mesdire ou villainement parler.

Et pour revenir a nostre matiere, quant le despartement et devis des heaulmes et bannieres sera fait par les juges diseurs, chascun des serviteurs qui aura portez lesditz heaulmes et bannieres oudit hostel, par la licence des juges les rapportera chies son maistre et seigneur, en tel ordre et triumphe qu'il les aura la portez, ou autrement a son plaisir. Et pour ce jour ne se fait autre chose, fors que apres le soupper, seront les dances comme le soir precedent, ausquelles tous chevaliers et escuiers se rendront. Et apres la premiere ou la seconde dance, sera fait ung cry par les poursuivans et Roy d'armes et par le commandement des juges, comme avant est declare, en la forme qui s'ensuit:

Haulx et puissans princes, contes, barons, chevaliers et escuiers, qui, au jourd'ui avez envoye presenter a messeigneurs les juges et aux dames aussi, vos timbres et bannieres, lesquelz ont este partis, tant d'ung couste que d'autre par esgale porcion, soubs les bannieres et pannons de tres hault et tres puissant prince et mon tres redoubte seigneur le Duc de Bretaigne appellant, et mon tres redoubte seigneur monseigneur, le Duc de Bourbon deffendant: messeigneurs les juges diseurs font assavoir que demain a une heure apres medi, le seigneur appellant, avec son pannon seulement, viengne faire sa monstre sur les ranges, accompaigne de tous les autres chevaliers et escuiers qui soubz lui ont este partis, sur leurs destriers encouvertez et armoyez de leurs armes, et leurs corps sans armeures habillez le mieulx et le plus joliemment qu'ils pourront, ad ce que mesditz seigneurs les juges diseurs prennent la foy desditz tournoyeurs. Et apresca que ledit seigneur appellant aura ainsi fait sa monstre, la foy prise, et qu'il sera retourne de dessus les rengs, viengne a deux heures le seigneur deffendant faire la sienne, pour pareillement prandre sa foy, et qu'il n'y ait faulte.


Icy apres s'ensuyt la forme et maniere comant le seigneur appellant viendra le lendemain jurer et faire sa monstre sur les rengs.

Et est assavoir, que a l'eure qu'il y devra venir apres le disner, les heraulx et poursuivans, vestus de leurs cottes d'armes, iront criant aval la ville davant les haberges des tournoyans: "Aux honneurs seigneurs chevaliers et escuiers! aux honneurs! aux honneurs!" Et lors chacun tournoyeur monte sur son cheval armoye de ses armes et gentement habille, sans harnoys, ung tronson de lance ou baston en sa main, aiant le banneret avec lui, celui qui portera sa banniere, qu'il fera porter rollee sans estre desployee, ses varlez a pied et a cheval, pareillement sans armes, lesquels lui tiendront compaignie jusques a l'ostel de leur chief, ou il viendra pour accompaigner son pannon sur les rengs, et dela aussi sur les lices. Et semblablement le fera le deffendant avec ses barons et autres de sa conduicte, apres la retraite de l'appellant.


Histoire de la facon de la venue du seigneur appellant et du seigneur deffendant, pour venir sur les rengs pour faire les seremens, etc.

La facon de la promesse que lesdits seigneurs juges diseurs doivent faire faire aux princes, seigneurs, barons, chevaliers et escuiers tournoyeurs, est telle comme cy apres s'ensuit: et dira le herault des juges aux tournoyans:

Haultz et puissans princes, seigneurs, barons, chevaliers et escuiers, se vous plaist vous tous et chacun de vous leverez la main dextre en hault vers les Saints, et tous ensemble, aincois que plus avant aler, prometterez et jurerez par la foy et serment de vos corps, et sur vostre honneur, que nul d'entre vous ne frappera autre audit Tournoy a son escient d'estoc, ne aussi depuis la sainture en aval, en quelque facon que ce soit, ne aussi ne boutera, ne tirera nul s'il n'est recommande: et d'autre part se par cas d'aventure le heaulme cheoit de la teste a aucun, autre ne luy touchera jusques a tant qu'il luy aura este remis et lace, en vous soubmettant, se autrement le faistes a vostre escient, de perdre armeures et destriers, et estre criez bannis du Tournoy pour une autre fois; de tenir aussi le dit et ordonnence en tout et par tout, tels comme messeigneurs les juges diseurs ordonneront les delinquans estre pugniz sans contredit: et ainsi vous le jurez et promettez par la foy et serment de vos corps et sur vostre honneur. A quoy ils responderont. Oy, Oy. Cela fait, entrera le deffendant dedans les lices pour faire ses monstres, en la forme et maniere que cy devant est devisee.

Pour ce jour la ne se fera aultre chose, senon apres le soupper les dances comme le jour precedent; et lors qu'ils auront ung petit dance, le Roy d'armes montera ou chaufaut des menestrelz, puis fera crier par ung des poursuivans:

OR OUEZ, OR OUEZ, OR OUEZ.

Puis dira:

Haulx et puissans princes, contes, seigneurs, barons, chevaliers et escuiers qui estes au Tournoy partis: je vous fois assavoir de par messeigneurs les juges diseurs, que chascune partie de vous soit demain dedans les rengs a l'eure de medy en armes et prests pour tournoyer, car a une heure apres medy feront les juges coupper les cordes pour encomencer le Tournoy, ouquel aura de riches et nobles dons par les dames donnez.

Outre plus je vous advise que nul d'entre vous ne doye amener dedans les rengs varlez a cheval pour vous servir, oultre la quantite: c'est assavoir quatre varlez pour princes, troys pour conte, deux pour chevalier, et ung pour escuier, et de varlez a pied chascun a son plaisir; car ainsi l'ont ordonne les juges.

Cela fait, les juges viendront devers les dames, et d'elles esliront deux des plus belles, et des plus grandes maisons, lesquelles ils menneront avec torches, heraulx et poursuivans, derriere desquels juges l'ung tiendra ung long couvre-chief de plaisance, brode, garni et papillote d'or bien joliement. Et ainsi feront tournoyer les dames au tour de la sale, les tenans par soubs les bras, tant et si longuement qu'elles trouveront ung chevalier ou escuier desdiz tournoyeurs, que les juges auront advise par avant, pour lui faire sur tous autres honneur, davant lequel les dames et juges s'arresteront ensemble. Et lors ledit Roy d'armes dira au chevalier ou escuier les parolles qui s'ensuivent:

Tres noble et doubte chevalier (ou tres noble et gentil escuier), comme ainsi soit que Dames et Damoiselles ont tousjours de coustume d'avoir le cueur piteux; celles qui en ceste compaignie sont assemblees pour veoir le noble Tournoy qui demain se doibt frapper, doubtans que en chastiant aucun gentil homme qui par cas de simplesse pourroit avoir mespris, la rigueur de justice ne lui deust estre trop griefve et insupportable, et ne vouldroient nullement davant leurs yeulx veoir batre trop rigoreusement nul qu'il soit, sans ce qu'elles ne le peussent aider, ont tres instamment prie et requis a messeigneurs les juges diseurs, que l'ung des plus notables, saiges, et en tout bien renomme chevalier ou escuier, et auquel, sur tous autres, de tous ceulx de ceste assemblee, mieulx honneur seroit deu, demain de par elles ou dit Tournoy deust porter au bout d'une lance ce present couvrechief; ad ce que quant il y aura aucun trop griefvement batu, et qu'il abesseroit le couvrechief sur le timbre de cellui que on batroit, tous ceulx qui le batroient le deussent a coup laissier sans plus le oser toucher: car de ceste heure en avant, pour ce jour la, les dames le prennent en leur protection et sauve garde. Si, vous ont sur tous autres dudit Tournoy lesdites dames choisy pour estre leur chevalier (ou escuier) d'onneur, en prenant ceste charge, de laquelle elles vous prient et riquierent que ainsi le vueillez faire et semblablement font messeigneurs les juges qui cy sont.

Lors lui bailleront les dames le couvre-chief en le priant que ainsi le vueillent faire; et apres, ledit chevalier (ou escuier) les baisera, puis pourra respondre en la forme et maniere que cy apres s'ensuit:

Je remercie tres humblement mes dames et damoiselles de l'onneur qu'il leur plaist me faire: et combien qu'elles eussent bien trouve autres qui mieulx l'eussent sceu faire, et qui meritent cest honneur mieulx que moy, neantmoins pour obeir aux dames, tres voulentiers en feray mon loyal devoir, en leur suppliant qu'elles me vueillent tousjours pardonner mon ignorance.

Lors les heraulx et poursuivans lieront ledit couvre-chief au bout d'une lance, laquelle ils dresseront a mont, et apres, ung poursuivant la tiendra droite davant ledit chevalier ou escuier d'onneur depuis ceste heure-la en avant, qui sera pour tout le soir, droit ou assis, de couste la plus grant dame qui soit en la feste.

Et alors qu'il sera ou lieu ou seront lesdites dames, le Roy d'armes doibt faire faire par ung poursuivant, le cry que cy apres s'ensuit:

OR OUEZ, OR OUEZ, OR OUEZ;

Puis dira le Roy d'armes:

On fait assavoir a tous princes, seigneurs, barons, chevaliers et escuiers que le plaisir des dames a este d'eslire pour chevalier (ou escuier) d'onneur, tel N. pour les grans biens, honneur, vaillance et gentillesse qui sont en sa personne. Si, vous fois commandement de par messeigneurs les juges diseurs, et les dames aussi, que demain ou vous verrez ledit chevalier (ou escuier) abesser ledit couvre-chief de plaisance sur quelcun d'entre vous que on batroit pour ses demerites, nul ne soit plus si ose de le frapper ne touchier; car de celle heure en avant les dames le prennent en leur deffence et mercy, et se appelle ledit couvre-chief, La mercy des dames.

Et cela fait, les dames recommanceront les dances, et dureront tant et si longuement qu'il plaira aux juges, et puis feront venir vin et espices, comme les jours precedens.


Icy apres s'ensuit la forme et maniere commant le chevalier (ou escuier) d'onneur doibt entrer le lendemain sur les rengs avec le couvre-chief, le lieu ou il se doibt tenir, et ce qu'il en doibt faire.

Apres ce que les dames seront montees en leur chauffault, le chevalier (ou escuier) d'onneur, doibt venir sur les rengs avecques les juges, au jour du Tournoy, arme de toutes pieces, le heaulme tymbre en la teste, et son cheval en couverte de ses armes, prest pour tournoyer, la masse ou l'espee pendue a la selle, portant la lance ou est atachie ledit couvrechief, et en tel estat viendra le premier entre le Roy d'armes et les juges, ou entre les deux premiers juges, lesquels doivent venir une demye heure premierement que les tournoyeurs, en l'estat, forme et maniere qu'ils ont fait leur entree en la ville, avec trompettes sonnans, et doyevent entrer dedans les lices, et tournoyer ung tour ou deux, pour veoir se les cordes sont bien et pour ordonner ceulx qui les coupperont; et alors laisseront entre les deux cordes le chevalier (ou escuier) d'onneur, accompaigne de quatre ou six varletz a cheval, et autant a pied, ou ainsi qu'il vouldra; et lui doyevent lesdits quatre juges diseurs de leurs propres mains lever le heaulme hors de la teste, et le bailler au Roy d'armes qui le portera devant eulx jusques au chaulffault des dames, et illec les juges diseurs le bailleront aux dames; puis sera dit par le Roy d'armes:

Mes tres redoubtees et honnorees dames et damoiselles, veez la vostre humble serviteur et chevalier (ou escuier) d'onneur qui s'est rendu sur les rengs prest pour faire ce que lui avez commande, duquel veez cy le timbre que vous ferez garder dedans vostre chauffault, s'il vous plaist.

Lors ung gentil homme ou honneste varlet ad ce deppute, ou dit chauffault des dames prendra ledit timbre et le mettra sur ung tronson de lance de la haulteur d'ung homme, ou d'ung pou plus, et le tendra en sa main entre les dames, pendant dehors, tellement que chascun le puisse veoir tant comme le Tournoy durera.

Et cela fait, les juges prandront congie, et s'en iront en leur chauffault, et ledit chevalier (ou escuier) d'onneur se tindra entre les cordes, soy pourmenant avec ses gens, jusques ad ce que les tournoyeurs viendront.

Une heure davant que le seigneur appellant doye entrer es lices, il doibt envoyer sonner ses trompettes par la ville, a cheval, pour recueillir ceulx qui ont este partis de son couste, ausquels fera assavoir par lesdites trompettes, qu'ils se rendent en la rue davant son haberge ou autre lieu, pres d'ilec, qui par ledit seigneur sera advise; et ou sera son pannon pour eulx y assembler, ad ce que tous ensemble ils puissent venir sur les rengs.

Et pareillement le fera faire le seigneur deffendant davant l'eure qu'il devra venir sur les rengs.

Au matin jour dudit Tournoy, chascun desdits chevaliers et escuiers tournoyans, tant bannerez que autres, feront davant l'eure de disner ce que plus leur sera neccessaire; et aussi prandront leur repos se bon leur semble; car depuis que dix heures seront passees, ils n'auront loisir ne temps de rien faire, fors seulement d'eulx armer et mettre en point pour tournoyer, et par facon que au plus tard a heure de unze heures ils se puissent trouver tous prestz et en armes sur les destriers, partans hors de leurs logies, pour eulx rendre davant la haberge de leur chief, et, avec lequel ils devront pour ce jour la tournoyer, a l'eure que les heraulx et poursuivans crieront. Car ausdites unze heures, iceulx heraulx et poursuivans seront tenus d'aler crier par davant les haberges des tournoyeurs a haulte voix: "Lassez, lassez heaulmes, lassez heaulmes, seigneurs chevaliers et escuiers, lassez, lassez, lassez heaulmes et yssiez hors bannieres pour convoyer la banniere du chief." Lors chascun des tournoyeurs sauldra en la rue tout prest, et ira a cheval davant le haberge du chief, ou ailleurs en quelque place de la rue plus large, qui aura este advisee, comme dit est, par le chief, pour convoyer sa banniere, et faire assembler ses tournoyeurs.

NOTA Que en Flandres, Brabant et ses autres basses marches, ou ils font voulentiers Tournoys, ils ont de coustume que les Roys d'armes, heraulx et poursuivans portent les bannieres; et sont tenus les tournoyeurs dont les heraulx et poursuivans ont les bannieres, leur bailler une cotte de leurs armes avec ung cheval grant et fort en couverte, pour porter la banniere, et pour le corps desdits herault ou poursuivant, baillent ung haubergon a qui le veuilt, avec sallade, garde-bras, avant-bras, gantelez et harnois de jambes. Mais es haultes Almaignes et sur le Rin, ne le font en ceste facon; car les bannieres des tournoyeurs sont portees par beaulx compaignons, jeunes, habilles a la guerre, et de plus a cheval; lesquels sont communement armez d'escrevisses ou de harnoys blancs, de sallades ou chappeaulx de fer bien emplumes, et de harnois de jambes; et ont dessus leurs habillemens belles hucques d'orfaverie, ou de la divise de leur maistre. Et sont montez sur chevaulx presque aussi puissans comme les tournoyeurs; lesdits chevaulx couvers bien richement ou gentement. Et tousjours sont lesdits compaignons a la queue des destriers de leurs maistres, et jamais ne laissent encliner leurs bannieres, ne aussi ne perdent leursdits maistres en la presse. Laquelle facon je priseroys trop mieulx que celle de Flandres, ou de Brabant, car maintenant en France a tant de heraulx et de poursuivans mal habillez, que quant ils se trouveroient armez et les bannieres en la main, ils seroient si empeschez, qu'ils laisseroient cheoir leurs bannieres, ou ne sauroient poursuir leur maistre: laquelle chose pourroit tourner a grant inconvenient ou deshonneur a leurs maistres.

Item, et alors que lesdits tournoyeurs seront tous arrivez et assemblez ensemble, viendra le seigneur appellant ou lieu ou ils seront, avec lequel ils chevaucheront-tous ensemble jusques davant les lices, en l'ordre et par la forme et maniere que cy apres s'ensuit.

C'est assavoir, que avec eulx auront Roys d'armes, heraulx ou poursuivans, grant nombre de trompettes et menestrelz sonants; et sera le pannon du seigneur appellant porte le premier devant lui par quelcun, comme dessus est dit. Apres ledit pannon, ira le chief appellant, et a la queue de son destrier sera cellui qui portera sa banniere. Et apres lui deux bannerez de front avec deux bannieres, et vingt tournoyeurs, et consequament de bannieres en bannieres, et de bannieres en bannieres, et de tournoyeurs en tournoyeurs, et en pareil ordre s'en iront jusques sur les rengs. Et lors qu'ils seront davant les rengs, leurs serviteurs getteront ung grant hu; et apres ce, tous lesdits chevaliers et escuiers tournoyeurs leveront jusques sur leurs testes les bras dextres, dont ils tiennent leurs espees et masses, par facon de menaces de frapper; puis cela fait, s'en iront en l'ordonnance dessus dite, le petit pas, jusques davant la porte par laquelle ils devront entrer es lices; et la se tiendront coiz. Et apres ce, le herault du seigneur chief appellant, dira aux juges les parolles qui s'ensuivent:

Mes honnorez et doubtez seigneurs, tres hault et tres puissant prince et mon tres redoubte seigneur le Duc de Bretaigne mon maistre, qui cy est presentement comme appellant, se vient presenter davant vous avecques tout le noble barnage que cy voyez, lequel avez parti soubs sa banniere, tres desirant et prest de frapper le Tournoy par vous aujourduy a lui assigne, alencontre de mon tres redoubte seigneur le Duc de Bourbon et le noble barnage que soubs lui avez pareillement pare; vous requerant que vostre plaisir soit lui delivrer place propre ad ce faire, ad ce que les dames qui cy sont presentement en puissent tantost veoir l'esbatement.

Cela fait, le herault qui est ou chaffault des juges, en respondant de par lesdits juges, dira les parolles qui cy apres s'ensuivent:

Tres hault et tres puissant prince et mon tres redoubte seigneur, messeigneurs les juges ycy presents ont bien oy et entendu ce que vostre herault leur a dit de par vous; sur quoy font response qu'ils ont vostre presentacion tres agreable, et apercoivent bien le grant et hault vouloir d'onneur et desir de valoir est en vous et en la baronnie soubs vous ycy presente, pour laquelle cause et ad ce que le Tournoy ja pour plusieurs jours cy davant proclame, puisse en bonne heure estre joyeusement acomply, ils vous assignent place la dedens cestes lices vers la partie droicte, pour ce vous y povez entrer de par Dieu, quant bon vous semblera.

Cela dit, cellui qui porte le pannon du seigneur appellant, entrera le premier, et apres lui le seigneur appellant; puis apres entrera incontinent cellui qui portera sa banniere, et apres lui les bannerets avec toutes leurs bannieres, et les tournoyeurs tout en l'ordre qu'ils seront la venus, et s'en yront leur petit pas a force de trompettes et menestrels sonnans, entendisque on mettra a ouvrir le passaige des lices, par lequel ils doyevent entrer: lequel ouvert, ils entreront dedans, puis leveront leurs serviteurs un grand hu, et les tournoyeurs gecteront les bras haulx sur les testes, faisans signes de menaces de leurs espees ou masses, ainsi que davant est dit. Et alors qu'ils seront dedans les lices, ils prandront la place en leur quartier, et la se mettront en bataille, ou plus bel arroy et ou meilleur ordre qu'ils pourront faire jusques encontre la corde qui sera tendue de leur couste, sans yssir de leur quartier, ad ce que plus avant ils ne se puissent avancer. Et ceulx qui tiendront leurs bannieres, se mettront a la queue des destriers de leurs maistres, et les autres a cheval qui les serviront, seront au tour d'eulx, et ceux a pied seront ou ils pourront mieulx, mais non pas au premier front ou seront leurs maistres, et en cest estat demoureront jusques ad ce que le deffendant et sa baronnie seront venus sur les rengs en l'ordre qui cy apres s'ensuit.

En la forme et maniere que aura fait le seigneur chief appellant, le seigneur deffendant fera congreger les siens davant son haberge ou ailleurs ou il ordonnera apres les cris des heraulz et poursuivans, faits comme davant, puis viendra sur les rengs avec ses barons et autres tournoyans, soy presentant aux juges; et de la entrera es lices, et fera dire les parolles et autres propres faits et actes, sans muer ne changer, comme aura fait le seigneur appellant; reserve touteffois que es parolles quil fera proferer aux juges, ainsi que l'autre s'est nomme appellant, il se fera dire deffendant. Et pour abreger, quant il sera dedans les lices, il se mettra en bataille, et fera mettre ses bannieres semblablement comme a fait le seigneur appellant, et les tournoyeurs soubs lui jusques encontre la corde prochaine d'eulx. Entre lesquelles deux cordes y aura de distance de place, tant comme il plaira aux juges, ou ainsi que ja paravant a este declaire. Et sur les quatre bouts des dites cordes tendues, y aura quatre hommes en pourpoins, grans et fors, qui tiendront chacun un grant hache de charpentier ou dolouere pour coupper lesdites courdes. Mais aincois que les coupper le Roy d'armes fera faire une sonnade aux trompettes, laquelle faite il criera a haulte voix pour troys fois, "Soiez prests pour cordes coupper, soiez prests pour cordes coupper, soiez prests pour cordes coupper vous qui estes ad ce commis; si hurteront batailles pour faire leurs devoirs." Puis se fera ung autre cry par le dit Roy d'armes, apres ce que les deux parties seront bien arrengees en batailles, et prests pour tournoyer:

OR OUEZ, OR OUEZ, OR OUEZ;

Messeigneurs les juges prient et requierent entre vous messeigneurs les tournoyeurs, que nul ne frappe autre d'estoc ne de revers, ne depuis la sainture en bas, comme promis l'avez, ne ne boute ne tire, s'il n'est recommande: et aussi que se d'aventure le heaulme cheoit a aucun de la teste, qu'on ne lui touche jusques ad ce qu'on le lui ait remis, et que nul d'entre vous aussi ne vueille frapper par attaine sur l'ung plus que sur l'autre, se ce n'estoit sur aucun qui, pour ses demerites, fust recommande.

Oultre plus, je vous advise que depuis que les trompettes auront sonne retraite, et que les barrieres seront ouvertes, ja pour plus longuement demourer sur les rengz, ne gaingnera nul l'emprise.

Apres la dite sonnade, et cey ainsi faiz, donneront lesdits juges ausdits tournoyeurs ung pou d'espace, comme du long d'ung sept psaulmes, ou environ, pour eulx mettre en ordre. Et cela fait, criera ledit Roy d'armes par le commandement des juges, par troys grandes allenees et troys grandes reposees "Coupez cordes, et hurtez batailles quant vous vouldrez." Et lors que le troysiesme cry sera fait, ceulx qui seront ordonnez a cordes coupper, les coupperont. Et adonc crieront ceulx qui porteront les bannieres, avec les serviteurs a pied et a cheval, les cris chascun de leurs maistres tournoyans. Puis les deux batailles se assembleront et se combatront tant, si longuement et jusques ad ce que les trompetes soneront retraite par le commandement des juges.

Item, et est assavoir que, pendant que lesdis tournoyeurs se combatront, que les heraulx poursuivans seront entre les deux lices, et les trompettes aussi, qui ne sonneront point, mais crieront les cris des tournoyeurs de ceulx qui vouldront.

Item, les deux pannons des deux chiefs, c'est assavoir, de l'appellant et du deffendant, ne se partiront de deux bouts des lices, chascun de son couste par ou ils seront entrez durant le Tournoy.

En cest endroit est a notter que lesdits tournoyeurs peuent mettre dedans les lices avecques eulx, leurs valez a cheval et a pied jusques au nombre davant declaire, chascun selon son estat; lesquels valez a cheval doivent estre armez de lazerans ou brigandines, de salades, gantelez et harneys de jambes, et doivent avoir ung tronson de lance de deux piez et demy, ou de troys, ou poing, pour destourner les coups qui sur eulx pourroient cheoir en la presse. Et est leur office de mettre leur maistre hors d'icelle quant il le requiert et ils le peuvent faire, crians tousiours le cry de leur dit maistre.

Et les valez a pied doivent estre en pourpoint ou jaquete courte, une sallade sur la teste et les gantelez es mains, et en la main dextre ung tronson de lance de deux braces de long. Et est leur office de relever homme et cheval avecques lesdiz tronsons quant ils les veoient cheoir a terre, se faire le peuvent, et se ils ne le peuvent relever, ils se doivent tenir autour de lui et le garder et deffendre avec leurs dits tronsons de lances dont ils font lices et barrieres jusques a la fin du Tournoy, ad ce que les autres tournoyeurs ne puissent passer pardessus. Et ce fait, et lui ainsi par eulx preserve, est tenu de leur donner le vin au dit des juges.


Histoire commant le seigneur appellant et le seigneur deffendant assemblent au Tournoy.

Quant il semblera bon aux juges que le Tournoy aura assez dure, ils feront faire a leurs clairons et trompettes une sonnade pour faire cesser les tournoyeurs, laquelle faicte, feront dire par leur herault ou poursuivant les parolles que cy apres s'ensuivent:

Chevauchez bannieres, despartez vous des rengs, et tournez aux haberges; et vous seigneurs, princes, barons, chevaliers, et escuiers qui cy endroit estes tournoyans davant les dames, avez tellement fait vos devoirs, que desormais vous en pouez en la bonne heure aler et despartir des rengs; car desia est le prix assigne, le quel sera ce seoir par les dames baille a qui l'a desservy.

Ledit cry ainsi fait et acomply les trompettes de chascune parties sonneront retraite; et lors les compaignons qui auront couppe les cordes, les gardes des lices et varlez a pied ouvriront lesdites lices tant d'ung couste que d'autre. Et ceulx qui porteront les pannons et bannieres desdits deux chiefs, s'en ystront hors, leur beau petit pas, sans attendre leurs maistres, se ils ne veullent venir. Et les autres bannieres ensuivant l'une apres l'autre, tant de la part du seigneur appellant, que de la part du seigneur deffendant, s'en ystront par le pas ou elles seront entrees, le plus bellement quelles pourront en sourattendant tousiours leurs gens; et s'en retourneront a leurs haberges, come dessus est dit. Et touteffois, lesdites trompettes ne cesseront point de sonner retraite tant et si longuement qu'il n'y aura plus nulz tourouyeurs dedans les rengs. Et s'en peuent aler par tropeaulx eulx entrebatant jusques a leurs haberges, ou sans eulz batre, ainsi qu'ils vouldront; et en cest estat finist et depart le Tournoy.


Histoire commant les tournoyeurs se vont batant par troppeaulx.

Et ledit chevalier d'onneur se partira des rengz avecques les bannieres et marchera le premier, et les pannons et bannieres apres. Et quant il sera a l'endroit du chaulfault des dames, celui qui tiendra son heaulme et timbre oudit chauffault, descendra au bas et montera a cheval, et davant ledit chevalier d'onneur portera ledit heaulme jusques aux haberges en la forme et maniere comme il est entre.

Le soir apres soupper se assembleront toutes les dames et damoiselles, et tous les tournoyans en la sale ou se feront les dances comme le soir precedent. Et illec viendra le chevalier d'onneur qui fera porter le couvrechief de plaisance davant lui au bout de la lance, et en la compaignie des juges ira devers les dames, les remerciant de l'onneur qu'elles lui ont fait, en leur suppliant qu'elles lui vueillent ses deffaulx pardonner et excuser sa simplesse.

Cela dit, on ostera le couvrechief de la lance, et sera baille audit chevalier d'onneur qui le rendra aux dames et les baisera, et puis s'en retournera avec lesdits juges, tenans ceulx qui seront chevaliers a dextre, et les autres, escuiers, a senestre.

Lorsqu'il sera temps de donner le prix, lesdits juges et le chevalier d'onneur, accompaignez du Roy d'armes, heraulx et poursuivans, iront choisir une des dames et deux damoiselles en sa compaignie, et les meneront hors de la sale en quelque autre lieu, avec foison de torches, et puis retourneront en ladite sale avec le prix en l'ordre et forme qui s'ensuit.

Premierement, iront les trompettes des juges davant en sonnant, puis tous heraulx et poursuivans apres en flotte; et apres eulx le Roy d'armes seul, apres lequel ira le chevalier d'onneur tenant ung tronson de lance en sa main, de long de cinq piedz ou environ. Apres le chevalier d'onneur, viendra ladite dame qui tendra ledit pris couvert du couvrechief de plaisance que aura porte ledit chevalier d'onneur, et a dextre et a senestre iront lesdits chevaliers et escuiers juges diseurs, lesquels la tendront par dessoubs le bras; et a dextre et a senestre desdits deux chevaliers seront lesdites deux damoiselles tenues par dessoubz les bras par les deux escuiers juges. Lesquelles deux damoiselles soustendront les deux bouts dudit couvrechief; et en ce point feront troys tours a l'environ de la sale, puis se arresterout davant cellui auquel ils vouldront donner le pris.


Histoire commant la dame avec le chevalier ou escuier d'onneur et les juges donnent le pris.

Lors ledit Roy d'armes dira au chevalier a qui sera donne le pris, les parolles qui s'ensuivent, et s'il est prince, seigneur, baron, chevalier, ou escuier, il lui portera l'onneur qui a son estat appartient, disant:

Veez cy ceste noble dame, ma dame de tel lieu N; acompaignee d'un chevalier, ou escuier, d'onneur et de messeigneurs les juges, qui vous vient bailler le pris du Tournoy, lequel vous est adjuge comme au chevalier, ou escuier, mieulx frappant d'espee et plus serchant les rengz, qui ait aujourdui este en la meslee du Tournoy, vous priant ma dame que le vueillez prendre en gre.

Lors la dame descouvre le pris, et le lui baille; puis il le prent et la baise, et semblablement les deux damoiselles se s'est son plaisir. Et lors le Roy d'armes, heraulx et poursuivans crieront son cry tout aval la salle.

Et cela fait, il prendra ladite dame et la menera a la dance, et les juges, le chevalier d'onneur, Roy d'armes et poursuivans rameneront les deux damoiselles a leurs lieux sans plus sonner trompettes.

Ladite dance faicte, ledit Roy d'armes, ou ung herault, criera les joustes pour le lendemain, a tous ceulx qui vouldront jouster sans ce qu'il y ait ne dedens ne dehors, esquelles joustes y aura trois pris donnez.

Le premier pris sera une verge d'or a celluy qui fera le plus bel coup de lance de tout ce jour la.

Le second sera ung ruby du pris de mil escus ou au dessoubz, a cellui qui rompra plus de lances.

Et le iije sera ung dyamant du pris de mil escus ou au dessoubz, a celluy qui durera plus longuement sur les rengz sans desheaulmer.

Item, apres s'ensuit par articles la charge de ce que les juges auront affaire depuis qu'ils auront acepte l'office des juges diseurs dudit Tournoy;

Apres aussi ce que aura a faire le Roy d'armes;

Item pareillement ce que devront faire les heraulx et poursuivans;

Item apres, les charges que auront a faire les seigneurs appellant et deffendant, chascun de sa part, tant frais cousts et despens, que serimonies.

Et semblablement les autres seigneurs et bannerez chascun en droit soy, et les varlez a cheval aussi.

Et premierement, les juges diseurs doivent assigner le jour et le lieu en quelque bonne ville, la plus en marche commune qu'ils pourront, ad ce que tous chevaliers et escuiers y puissent venir de toutes parts.

Et doit estre le lieu assigne par lesdits juges, le plus agreable que faire se pourra aux deux parties: c'est assavoir, a l'appellant et au deffendant, et par leur sceu et voulente plus que par nulz aultres; pour ce que lesdits appellans et deffendans sont tenuz de faire les mises et despenses de la feste dudit Tournoy par esgale porcion.

Item, sont tenus lesdits juges d'aler en ladite ville ou ils assigneront ledit Tournoy, pour veoir qu'il y ait place convenable a le faire.

Item, doivent ordonner de faire les lices, ainsi qu'ils le deviseront.

Item, voir en ladite ville ou il y ait une grant salle pour assembler les dames et aussi les damoiselles pour dancer, avec une chambre de parement, garnye de retrait, en laquelle elles se puissent aler refrechir et reposer, ou changer habillemens quant il leur plaira.

Item, dedans ladite salle doivent faire dresser tables et treteaulx, bancs, selles, scabeaulx, dessouers, chandelliers de bois pendans, que on appelle croisees, garnis d'escuelles de bois pour tenir les tortis qui allument en la salle; les chauffaulx sur lesquels corneront les menestrelz et ou se feront les cris en ladite salle, et tapicerie pour la parer, linges et aussi vesselles d'estaing et d'argent pour garnir le hault buffet.

Item, faire donner haberges aux tournoyeurs dedans ladite ville.

Item, faire faire les chauffaulx pres des lices, pour les dames et pour eulx.

Item, avoir en leurs escripz, les criz et cerimonies qui se doivent faire, ainsi que davant sont plus a plain declairez.

Item, faire les provisions pour le soupper, la vigille du Tournoy, et pour le disner et soupper du jour d'icellui, pour les dames en ladite salle;

Et pour le vin et espices des autres jours, et les torches et luminaire en ladite salle et ailleurs.

Doivent aussi congnoistre de toutes questions et debas qui pourroient survenir a cause dudit Tournoy.

Et doivent par semblable defrayer tous heraulx et poursuivans, allans chiez eulx, de leur despense, et especialement doivent tousiours avoir avec eulx le Roy d'armes qui criera la feste, et les quatre poursuivans avec les quatre trompettes, et semblablement les deffraier durant toute la feste; car desdits poursuivans se pourront servir en maintes manieres durant ladite feste.

Les deux seigneurs chiefs doivent entirerement deffraier lesdits juges, et generalement faire toutes les despenses, frais et mises dessusdites par egale porcion: et feroient iceulx seigneurs chiefs leur honneur, de donner a chascun desdits juges une robbe de drap de soye, longue jusques aux pies, et de pareille couleur, ad ce que le temps pendant deladite feste, ils fussent congneus et reverez entre les autres: c'est assavoir ausdits deux chevaliers, de drap de veloux, et aux escuiers, de drap de damas.

Item, sont tenus les signeurs appellant et deffendant envoyer devers les juges diseurs, incontinent que iceulx juges seront arrivez ou lieu du Tournoy, chascun d'eulx ung de leurs maistres d'ostel et ung homme de finance, et chascun ung mareschal de logeis, et ung forrier, c'est assavoir, les maistres d'ostel et gens de finance, pour paier et faire ordonner ce que les juges diseurs commanderont, et les mareschaulx et fourriers pour ordonner les logeis et logier les seigneurs chevaliers, escuiers tournoyeurs, dames, damoiselles et autres qui vendront a la feste, ainsi comme davant ou chappitre de la hauberge des juges diseurs, en est plus au long touche.

NOTA que le Roy d'armes doit estre ou chauffault avec lesdits juges.

Et aussi est a noter que iceulx juges ne doivent point souffrir que nul desdits tournoyeurs soit monte au Tournoy sur cheval qui soit de excessive et oultrageuse grandeur et force plus que les autres, s'il n'est prince.


Icy apres s'ensuit les drois des heraulx, poursuivans, trompettes et menestrels, et lesquelles appartiennent aux heraulx et poursuivans, et lesquels appartiennent aux trompettes et menestrels.

Tous les chevaliers et escuiers tournoyeurs qui jamais n'auront tournoye que celle fois la, seront tenus de paier pour leurs heaulmes et bien venue en armes, au Roy d'armes, heraulx ou poursuivans, a leur plaisir ou ordonnance des juges: et neantmoins que autrefois ils l'aient paie a la jouste, se ne s'ensuit-il pas qu'ils ne doivent paier une autreffois pour l'espee; car la lance ne peult affranchir l'espee. Mais qui auroit paie son heaulme a l'espee, c'estadire au Tournoy, il seroit affranchi de la lance, c'est assavoir de la jouste.

Item, les housseures des chevaulx armoyez des armes, sont de droit auxdits Roy d'armes, heraulx et poursuivans, et les bannieres et timbres a l'eglise du cloistre ou ils auront parti lesdites bannieres et timbres ou autres eglises que les juges ordonneront.

Item, ceulx qui ont gaingne le pris sont tenus de donner aucune chose aux trompettes et menestrels, et les deux princes chiefs du Tournoy aussi.

 

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